Régénérer nos arbres... On dénombre pas moins d'une douzaine d'essences ayant forgé la physionomie du parc de l'abbaye Cistercienne du Valasse depuis le 18ème siècle : des arbres capables de vivre jusqu'à 300 ans, chênes bien sûr mais aussi tilleuls, hêtres et platanes, plantés lors de la transformation de l'abbaye en château à la fin du 18ème siècle. Certaines essences revendiquent fortement leur appartenance à la Normandie, tel le peuplier, capable de vivre deux siècles, et typique des zones humides de la vallée du Commerce, une petite rivière qui coule au pied des murs de craie et qui lui fournit ses 100 et quelques litres d'eau quotidiens. Plus étonnant, ce poirier bi centenaire qui s'accroche à la vie, faisant l'objet de toutes les attentions des techniciens du parc. Les imposants tilleuls, chênes ou pins maritimes et quinze autres essences remarquables profitent ainsi du long hiver normand pour se régénérer.



Depuis 2006 et dans le cadre de la réflexion qui a présidé à la création du parc Eana, l'architecte paysagiste Bertrand Vignal a travaillé à l'ornement paysager du site ; plus de 100 espèces représentants les cinq continents ont ainsi trouvé terrain propice à s'épanouir. Erables à sucre, érables peau de serpent, févier de Constantinple, marronniers, noisetiers et aussi d'autres essences ornementales comme le bambou ou le bananier permettent à Eana d'offrir un étonnant florilège des plus belles plantes voyageuses de la planète...



La thématique du développement durable se trouve ainsi déclinée au fil d'un parcours surprenant et pédagogique que le visiteur entame dès le Big Bang, et la naissance de la vie :



La forêt préhistorique ; On trouve dès l'entrée du parc Eana des essences datant du Jurassique, espèces retrouvées sous forme de fossiles, tels les palmiers "magnolias" ou le "désespoir des singes", arbre dont les branches sont hérissées de piquants et qui se protège ainsi des agressions extérieures....



Les jardins domestiques ; l'homme préhistorique commence à cultiver et domestiquer les plantes ; froment, orge, avoine, blé... et tous les céréales de base de notre alimentation et qui nous viennent de la nuit des temps.



Eana présente ainsi l??évolution de la flore préhistorique vers une nature organisée avec les premières manipulations, croisements d'essences, à l'exemple du chou, planté sous toutes ses formes comestibles et jusqu'au chou d'ornement... Les plantes voyageuses rapportées par les grands explorateurs d'Afrique, des Amériques et d' Océanie, dont la plus surprenante... le pommier ! Un symbole de la Normandie et qui nous vient pourtant d'Asie..



Passage ô combien surprenant de cette visite, la zone de friche, un "jardin en liberté", qui vit et se développe sans intervention de l'homme. Depuis son implantation en 2006, on commence déjà à voir de petits arbres émerger... la nature se « débrouille » et chaque essence trouve d'elle même sa place en harmonie avec son entourage ; l'oseille sauvage se déporte ainsi de zones en zones, le trèfle, les rodoncules, les orties s'épanouissent loin de l'intervention de l'homme, reconstruisant son éco système, développant une micro réserve écologique.



Autre passage illustrant de manière concrète la thématique du développement durable, les bassins de phyto restauration... l'eau de la rivière du Commerce qui traverse le parc se trouve filtrée par des plantes "dépolluantes" qui retiennent les métaux lourds et les hydrocarbures. Salicaire et autres plantes oxygénantes, menthe aquatique, iris ou encore roseaux retiennent les hydrocarbures et livrent au terme de 8 bassins successifs, une eau enfin propre.. Typiques de la région, les saules, de différentes variétés, démontrent leur étonnante efficacité à dépolluer les terres, en retenant les métaux lourds contenus dans les sols pollués.



Le Parc Eana s'articule aussi autour de la rivière du Commerce, cours d'eau réinstallé en 2007 dans son lit initial lors des travaux de rénovation de l'abbaye. Tout un éco système se la réapproprie depuis, et c'est un passage fort prisé des enfants ; le Jardin au fil de l'eau constitue une zone tampon avec sa bio diversité : des insectes comme les libellules et les abeilles qui s'y reproduisent. C'est une zone riche, vivace et facile à observer, avec ses nombreux sureaux, saules marceaux et autres plantes vivaces comme la salicaire, les iris, et les plantes typiques des marais de Normandie; un pied de cana est ainsi sorti de terre, depuis une graine apportée par la rivière. La faune y retrouve ses repères et on observe déjà le retour des brochets et des épinoches... la vie s'installe sur le long terme?



Pour l'amusement et la curiosité, le visiteur débouche ensuite sur un jardin de brouillard, ou l'immersion dans un phénomène particulier, créé par des brumisateurs. Les essences d'ornement sont là typiques des zones humides, bambous, cornes de cerfs (fougères), Gunera (rhubarbe du Brésil)... un moment d'amusement et de plaisir intimement lié à la connaissance, grâce notamment à un observatoire de la canopée..



Clin d'oeil historique à la vallée du Commerce, le jardins des textiles renvoient le visiteur à la tradition textile de toute une région, avec la culture de lin, mais aussi de toutes les essences peintoriales (noyer pour teintures...), plantes qui servaient à faire du tissage et des coloration, mais aussi des outils, comme le chanvre, le bananier, l'ortie (pour faire du fil)... on y préserve des plantes d'où l'on extrait lors d'ateliers thématiques les subtils couleurs, comme le pavot, le coquelicot, la garance, pastel des teinturiers... Une découverte étonnante des richesses de plantes "accessibles", et appréciées pour les nombreuses variétés de matrice de couleur qu'elles recèlent.... Fougères, chêne, merisier, Genêts pour la teinture... essences fragiles à protéger cet hiver (bananier, gunera, cotonnier, tetrapanex...) pour mieux les découvrir au printemps prochain.



Si une quinzaine d'hectares sont en exploitation autour de l'abbaye rénovée, le parc Eana couvre en réalité une soixantaine d'hectares. Des surfaces de prairies, d'étangs et volontairement maintenues en zone de pâturages pour le bétail et une grande diversité d'animaux, canards et hérons.



Ouverture le 1er avril 2009 ; fin du repos végétatif, explosion de sève....beaucoup d'espèces à découvrir, en attendant les floraisons de l'été....



Le Parc Eana propose sur près de 15 hectares aménagés, un voyage immersif, pédagogique et totalement ludique tout au long de ses jardins et de sa grande Halle technologique, dans l'histoire et l'avenir de la planète. Autour de l'abbaye du Valasse entièrement rénovée, les visiteurs, petits et grands, parcourent les époques et apprennent en s'amusant les grands enjeux de la préservation et de l'utilisation des ressources de la planète. Eana veut dire en langue same (Laponie) "terre nourricière". Il s'agit tout simplement d'une immersion, d'un extraordinaire voyage allant des origines de notre planète à 2050, un dialogue entre l'Homme et la Nature.

www.eana.fr