Quand il faut y aller? Voilà bien le sentiment qui domine depuis quelques heures à bord des bateaux engagés sur la neuvième Transat Jacques Vabre. La dorsale d'hier n'est plus qu'un lointain souvenir, bien vite effacé par la négociation du front du moment qui offre toutes les caractéristiques de l'anecdote si l'on en croit marins et observateurs. La suite et le prochain phénomène occupent en effet tous les esprits et nul n'est dupe en la matière. Demain en fin de journée, des vents violents et une mer très inconfortable entoureront la flotte de bien peu d'attentions favorables, rendant la progression difficile et non sans conséquence. Pour l'heure, chacun se prépare et fourbit ses armes pour faire face aux éléments. Ainsi chez les Multi50, le leader Crêpes Whaou ! a-t-il d'ores et déjà mis le cap au Sud pour tenter d'esquiver au maximum les effets néfastes d'une mer casse bateaux pour un trimaran. Même inspiration chez Victorien Erussard et Loic Fecquet chez qui la nuit a permis un positionnement opportun pour la suite des évènements. A quelques encablures de Port-La-Forêt, Alain Maignan et Nicole Harel s'apprêtent à faire escale pour estimer la possibilité ou non de solutionner le problème de fissures sur un bras de liaison de FenêtréA Cardinal. Un arrêt au stand toujours sujet à contrariétés mais ? combien nécessaire si l'on regarde les conditions à quelques jours, voire quelques heures. Du côté des Imoca, du concurrent le plus au Nord, Hugo Boss, à celui positionné le plus au Sud, Foncia, les avis semblent diverger quand à l'interprétation de l'avenir. Mais là encore, on profite et on se dit que l'ambiance « humide et grise » du moment n'est sans doute rien comparée à la suite. D'une expérience à l'autre, les marins sont manifestement sur le point d'écrire une page musclée dans leur livre de souvenirs.



Avec une route à l'opposé de celle de leurs camarades de jeu et des vitesses nettement en deçà, Armel Le Cléac'h et Nicolas Troussel éveillent l'attention à la lecture des premiers classements du jour. Si le skipper de Brit Air confirmait ce matin que tout allait bien pour les hommes, il ne cachait pas rencontrer un problème technique depuis quelques heures. Sans entrer dans les détails, le deuxième du Vendée Globe confiait attendre le lever du jour pour se pencher sur la question, effectuer une expertise et prendre les décisions qui s'imposeront. L'inquiétude n'était toutefois pas le sentiment dominant dans la voix du finistérien.



Ils ont dit?



Armel Le Cléac'h (Brit Air) ?? 13ème au classement de 5h



« Nous avons eu un petit souci technique en début de nuit mais on attend que le jour se lève pour pouvoir prendre une décision. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, mais sachez que tout le monde va bien à bord du bateau. On attend plus de précisions tout à l'heure. On a eu pas mal de choses à faire depuis le début de la course. La sortie de la Manche a été assez sportive, avec du vent assez fort. On a eu une succession de phénomènes météo différents qui nous a obligé à faire beaucoup de man?uvres comme des changements de voile... Et puis avec nos petits ennuis on a eu un peu plus de boulot cette nuit mais on se reposera dans la journée. Il faut faire attention à ne pas se faire dépasser par la machine et par le mauvais temps ».

Roland Jourdain (Veolia Environnement) ?? 2ème au classement de 5h



« Ca va fraîchement, mais ça va bien ! La nuit a été bonne, on a eu un passage de front dans une ambiance gris-humide en début de nuit, puis on commencé à avoir un peu d'étoiles. Mais on a du mal à ne pas penser à ce qu'on va prendre dans les jours à venir?. On va avoir un peu de portant prochainement mais ensuite, c'est sur, le gros temps nous attend. Du coup, on essaie de s'amariner le plus vite possible et on essaie d'aligner les heures de sommeil aussi, pour récupérer ce qu'on n'a pas pris depuis le départ. On se dit aussi qu'après la pluie, viendra le beau temps, on essaie de positiver mais ce n'est pas si facile ! Le jeu est très ouvert déjà et ça c'est intéressant. Nos conditions actuellement c'est un vent assez variable, on est tribord amure et on n'arrête pas de larguer de la toile, il y a entre 15 et 20 n?uds de vent et les nuages sont passés donc on a un ciel assez joli. Par contre on est dans un coin où il y a pas mal de cargos. On a vu quelque chose de très joli hier, une demi-douzaine de dauphins nous on suivi. C'était vraiment joli ».




Victorien Erussard (Guyader pour Urgence Climatique) ?? 3ème au classement Multi50 de 5h



« Ca va mieux qu'hier, on est plus dans le rythme et je pense qu'on a fait une très bonne nuit puisque on a repris 20/25 milles sur Crêpes Whaou ! On a bifurqué au bon moment pour vite dégager dans le sud et sortir du Golfe de Gascogne au plus vite. Ceux qui sont plus ouest doivent avoir moins de vent que moi. A priori on est repassé devant Lalou Roucayrol. Là nos conditions sont assez sympas, on a une mer pas trop formée, on touche 20 n?uds de vent et on commence à avoir un ciel étoilé. C'est plutôt sympathique, en tous cas ce sont de belles conditions avant l'enfer qui nous attend à partir de demain en fin d'après midi?. A priori on va avoir du sud-ouest avec 25, 30 voir 40 n?uds. C'est pour éviter ça au maximum qu'on a mis les bouchées double cette nuit, car plus on sera sud, plus on en sortira rapidement. Notre but est d'être sous les 40 degrés nord pour avoir du vent moins fort que ceux qui sont trop au nord de cette latitude là. La vie à bord se passe bien. Le double c'est quand même bien, à deux au moins on peut faire les choses bien. On fait des quarts très courts, on change toutes les heures, ça nous permet de rester lucide en permanence. En revanche on ne s'alimente pas correctement, je pense que c'est le stress. On attendra de sortir du Golfe pour manger plus convenablement. Vivement qu'on en sorte ! D'ailleurs si on a fait de bonnes moyennes cette nuit c'est parce que j'ai envie d'aller chercher un peu de chaleur !!! »