Quel est le plus difficile pour les concurrents de cette Transat Jacques Vabre apr√®s trois jours de course ? Subir les assauts d'un oc√©an Atlantique au bord de la crise de nerfs ou surveiller la progression des concurrents qui ont choisi une option diff√©rente ? On imagine bien que dans des conditions favorables, on a tout loisir de passer du temps √† la table √† cartes, de faire tourner les mod√®les m√©t√©orologiques, de supputer des chances des uns et des autres‚?¶ Mais quand le vent souffle √† pr√®s de quarante nŇ?uds, c'est une autre musique. Le moindre virement de bord demande de tr√®s longues minutes d'efforts entre les ballasts √† remplir, les voiles √† faire passer d'un bord √† l'autre. Sans oublier l'exercice particuli√®rement gratifiant du matossage : en bref, transporter tout ce qui peut l'√™tre d'un c√īt√© du bateau √† l'autre depuis les sacs √† voile jusqu'√† la brosse √† dents. Et ce, dans un bateau vid√© de la plupart de ses am√©nagements int√©rieurs, rendant l'op√©ration d'autant plus p√©rilleuse qu'il s'agit de vivre dans un univers sans v√©ritable point d'accroche, pench√© √† trente degr√©s‚?¶ Autant dire, que la moindre d√©cision de changement de trajectoire demande d'avoir r√©fl√©chi √† deux fois.

La guerre des retranch√©s Dans ces conditions o√Ļ le navigateur ne pourra pas, non plus, passer des heures √† la table √† carte sous peine de mal de mer insidieux, il faut √™tre capable de synth√©tiser rapidement les informations, d'√©valuer les prises de risques en terme de fatigue d'une part, de casse de mat√©riel de l'autre. Un exercice autrement plus d√©licat qu'il n'y para√ģt, m√™me si tous les concurrents engag√©s sur cette Transat Jacques Vabre sont rompus √† ce type d'acrobaties : au diable les recadrages tactiques, ce sont les grands choix strat√©giques qui priment m√™me si on surveille parfois avec inqui√©tude les progressions des uns et des autres. Michel Desjoyeaux (Foncia) n'avouait pas autre chose √† la vacation de midi, quand il constatait que ses concurrents positionn√©s sur la route directe n'avaient jusque l√†, pas subi le coup de frein esp√©r√© par les hommes du sud. D'autres √©taient moins diserts, √† l'instar d'un Jean-Luc N√©lias (Veolia Environnement) soucieux de ne pas l√Ęcher la moindre information susceptible d'√©clairer la concurrence. Certains n'ont pas ces pr√©cautions oratoires, tel un Marc Guillemot (Safran) n'h√©sitant pas √† d√©crire par le menu, le tambour de machine √† laver qui les essore. M√™me Sam Davies (Artemis Ocean Racing), dont on conna√ģt le bonheur de vivre en mer, reconnaissait que les conditions √©taient particuli√®rement d√©licates √† n√©gocier.

Brit Air abandonne Brit Air √©tait arriv√© √† Concarneau en d√©but d'apr√®s-midi et l'√©quipe technique s'√©tait aussit√īt attel√©e √† faire un premier diagnostic des r√©parations √† effectuer. En tout √©tat de cause, comme pour Alain Maignan et Nicole Harel (Fenetrea Cardinal) en escale technique √† Lorient, les conditions qui les attendaient sont d√©licates : la d√©pression qui frappe la flotte ne tardera pas √† gagner le golfe de Gascogne et promet des instants particuli√®rement difficiles pour qui voudrait reprendre la mer dans les prochaines heures‚?¶ L'√©vident souci de ne pas mettre en danger leur bateau, conjugu√© √† l'absence d'enjeu sportif d'une course √† la tra√ģne du reste de la flotte a donc amen√© Armel et Nicolas √† d√©clarer forfait. La r√©paration du rail de grand-voile n'√©tait pas, en soi, insurmontable, mais les conditions m√©t√©o sur zone en ont d√©cid√© autrement. Comme quoi, par effet domino, une avarie, somme toute mineure, peut avoir parfois des cons√©quences redoutables. C'est la m√™me analyse de cette situation qui a finalement motiv√© l'√©quipage de Prince de Bretagne √† chercher refuge au sud du cap Finisterre, vraisemblablement √† Vigo, quitte √† naviguer un peu plus longtemps avec une grand-voile handicap√©e. Avoir d√©j√† dans son dos la pointe de la p√©ninsule ib√©rique sera peut-√™tre d√©cisif √† l'heure de reprendre la route de Puerto Limon.

Ils ont dit :

Lalou Roucayrol, R√©gion Aquitaine Port M√©doc, 2√®me au classement Multi50 ¬ęLes conditions en mer ne sont pas hyper faciles. On va faire notre chemin en essayant de grappiller ! On est super content d'√™tre √† la deuxi√®me place, en plus, √† bord √ßa se passe √† merveille : on mange bien et dans la brise on est √† l'aise. La premi√®re nuit, on s'est fait plaisir car on allait tr√®s vite. Pour l'instant, on arrive √† bien g√©rer le bateau au pr√®s, dans 35 nŇ?uds de vent‚?¶On est √† l'abri tout le temps, on est mouill√© dans les manoeuvres mais on a un bateau confortable et on peut y vivre relativement bien. ¬Ľ

Marc Guillemot, Safran, 2√®me au classement IMOCA ¬ę √?a va ¬ę brutalement ¬Ľ : √ßa cogne, √ßa cogne, √ßa cogne ! Depuis la fin de la nuit, on a constat√© une d√©gradation de la mer avec des rafales de plus en plus puissantes. C'est bien d'avoir un marin comme Charles √† bord. Les manŇ?uvres sont particuli√®rement dures √† encha√ģner dans ces conditions mais avec Charles on arrive √† g√©rer. Par rapport √† notre option nous sommes satisfaits : si on est l√† c'est par ce qu'on l'a voulu. Je pr√©f√®re largement √™tre ici, m√™me si c'est certainement plus dur. Par contre il faut tout le temps faire gaffe avec le mat√©riel‚?¶ Mais on est l√† et on assume ! ‚?¶¬Ľ

Vincent Riou, Akena V√©randas, 10√®me au classement IMOCA ¬ę√?a va bien. Les premiers jours ont √©t√© humides mais les conditions n'ont pas √©t√© difficiles pour l'instant : nous avons pris une option confortable, vers le Sud et nous n'avons eu aucun souci sur le bateau. Nous avons choisi une route interm√©diaire. Les conditions restent donc maniables. Avec Arnaud √ßa se passe tr√®s bien : on n'a pas eu de souci par rapport aux manŇ?uvres, de plus, on a r√©ussi √† bien se reposer. C'est un gar√ßon fort agr√©able √† vivre‚?¶ ¬Ľ

Classement √† 17 heures : Multi 50 : 1 Cr√™pes Whaou ! (FY Escoffier ‚?? E Le Roux) √† 4315,3 milles de l'arriv√©e 2 R√©gion Aquitaine Port M√©doc (Lalou Roucayrol ‚?? Amaiur Alfaro) √† 22,6 milles du premier 3 Prince de Bretagne (H Cl√©ris ‚?? C Dietsch) √† 233,9 milles du premier (Guyader pour Urgence Climatique non localis√© au classement de 17 heures)

IMOCA 60 1 BT (S Josse ‚?? JF Cuzon) √† 3860 milles de l'arriv√©e 2 Safran (M Guillemot ‚?? C Caudrelier) √† 10,7 milles du premier 3 Veolia Environnement (R Jourdain ‚?? JL N√©lias) √† 10,9 milles du premier 4 Mike Golding Yacht Racing (M Golding ‚?? J Sanso) √† 32,4 milles du premier 5 Aviva (D Caffari ‚?? B Thompson) √† 37,3 milles du premier