C'est une loi récurrente : c'est toujours à la fin du coup de vent que la mer se montre le plus chienne. Même quand Eole perd de sa vigueur, les vagues continuent leur travail de sape et c'est bien souvent à cet instant qu'elles expriment toute leur puissance. Jean-François Cuzon, joint à la vacation de ce matin, évoquait alors des vents soutenus de plus de 50 n?uds et ne faisait pas mystère d'une certaine appréhension. Avec raison, puisque quelques heures plus tard, une déferlante s'abattait sur le bateau et arrachait le roof de BT. Au plus vite, les deux navigateurs informaient le PC Course et déclenchaient leur balise de détresse. Immédiatement, contact était pris avec le MRCC portugais basé aux Açores de manière à organiser le sauvetage des deux navigateurs. Dans le même temps, Jean Maurel directeur de course, mettait en alerte Safran (Marc Guillemot ?? Charles Caudrelier) et Veolia Environnement de manière à envisager, si besoin, de dérouter un des deux bateaux sur zone. Pour l'heure, un hélicoptère et un avion devaient partir survoler les deux navigateurs tandis qu'un bateau de recherche scientifique en opération non loin de leur position, partait à la rencontre des deux navigateurs.

Déraillements successifs Comparées à la situation de l'équipage de BT, les avaries qui affectent Veolia Environnement comme Artemis peuvent sembler dérisoires. Elles témoignent néanmoins de la violence des conditions rencontrées par la flotte. Rail de grand-voile arraché lors d'une prise de ris, Roland Jourdain et Jean-Luc Nélias ont d'ores et déjà prévu de s'arrêter à Horta, sur l'île de Faial, pour réparer. C'est déjà le troisième bateau affecté par ce type d'incident depuis le départ après Brit Air et Prince de Bretagne. Comme quoi, la loi des séries n'est pas qu'une légende. Sam Davies et Sydney Gavignet envisagent eux aussi une escale technique pour réparer leur grand-voile endommagée ainsi que leur Iridium défaillant. Madère, Les Açores ou pas d'escale du tout, le duo franco-britannique n'a pas encore annoncé officiellement sa décision à la direction de course. D'autres concurrents ont choisi de réparer en mer, tel Brian Thompson, qui s'est offert une visite en tête de mât d'Aviva pour installer une nouvelle girouette, la précédente ayant été arrachée dans le mauvais temps. Un bel exploit pour Brian et Dee Caffari quand on imagine l'état de la mer sur zone.

Grand écart Sur le plan sportif, cette Transat Jacques Vabre reste plus ouverte que jamais avec un écart latéral de plus de 750 milles entre les deux bateaux les plus extrêmes de la flotte Hugo Boss (Alex Thomson ?? Ross Daniel) au nord et Foncia (Michel Desjoyeaux ?? Jérémie Beyou). Joint à la vacation de ce midi, le double vainqueur du Vendée Globe semblait serein et surtout content de n'avoir subi « que » des vents de 40 n?uds. Position favorable stratégiquement au nord, équipage reposé et bateau en bon état au sud, le jeu est peut-être plus ouvert qu'on ne pouvait encore le supposer hier au soir. L'équipage de Foncia qui a joué la carte d'une certaine prudence va-t-il se retrouver en mode attaque quand d'autres auront envie de panser leurs plaies et recharger leurs batteries ? Les jours à venir devraient nous donner quelques éléments de réponse. Chez les Multi50, chaude alerte pour Crêpes Whaou ! Franck-Yves Escoffier alerté par un bruit suspect constatait que le bloc moteur était en train de se désolidariser de son support. Le navigateur malouin, se voyait confier un nouveau travail gratifiant consistant à fixer le bloc avec des éléments de la chaine du trimaran, le tout, bien évidemment alors que le bateau s'obstine dans une partie de saute-moutons sans fin. Avant les glissades paradisiaques à destination des Antilles, le purgatoire risque d'être encore long.

     Concernant la situation de BT, des flash d'information vous seront donnés au fur et à mesure de l'évolution des opérations de sauvetage.

Ils ont dit :

Roland Jourdain ?? Veolia Environnement ?? 6ème au classement Imoca de 17h « On a arraché le chariot de têtière du rail de grand voile dans une prise de ris. Le vent est entré à 40/45 n?uds, on a pris un premier ris, puis un 2ème et ça s'est décapsulé. On s'en est rendu compte une fois le ris pris, du coup on a tout de suite affalé la grand voile. On ne peut pas naviguer avec plus de 2 ris dans ces conditions donc pour le moment ce n'est pas un problème, mais si on veut s'amuser jusqu'au bout il faut réparer maintenant. Du coup on va faire un arrêt aux Açores, à Horta, où des membres de notre équipe vont nous rejoindre pour réparer ça le plus vite possible. Si tout va bien ça devrait aller assez vite. On va pouvoir entrer dans le port facilement et ce n'est pas une réparation compliquée, car c'est juste un rail de passage, il n'y a pas une grosse portion à réparer. Ce qui nous coute cher c'est le détour. C'est dommage, on était content de notre option. En tous cas on s'est concerté, on n'a pas envie d'abandonner. On a envie de rester dans la course. On va tout faire pour y aller au Costa Rica. On va avoir 38 n?uds de moyenne de vent là encore. Il y a mieux comme période mais ça va, on arrive à vivre. On se fait à tout. »

Kito De Pavant - Groupe Bel ?? 4ème au classement Imoca de 17h « On s'est fait une frayeur parce qu'un tuyau s'est décroché au niveau des ballasts, le bateau s'est rempli d'eau. On a du pomper. On navigue à 90 degrés du vent, donc c'est difficile de ne pas aller vite? mais comme ne nous sommes pas très toilés on marche entre 12 et 16 n?uds. C'est pas génial, génial, mais on a passé le plus dur ce matin. On n'a pas beaucoup mangé et dormi depuis le départ. Hier soir on s'est surtout bien préparé. On a viré tout ce qui trainait sur le pont. C'est incroyable parce qu'hier c'était le grand beau temps, on avait 10 n?uds de vent et en moins d'un quart d'heure c'est passé à 40 n?uds. ?a a été une bonne galère pour virer de bord. Mais bon? demain ça devrait aller mieux.»

Loic Fecquet ?? Guyader pour Urgence Climatique ?? 3ème au classement Multi50 de 11h « On en a un petit peu marre d'être au près, là on vient de virer pour aller vers l'ouest. On a beaucoup investi dans le sud donc maintenant, il faut y aller ! Si on a autant forcé dans le sud c'était avant tout pour préserver le bateau. Pour l'instant nous avons 25 n?uds ; ça tape pas mal mais ça n'a rien à voir avec les 35 n?uds que les autres concurrents peuvent avoir. Le maximum qu'on ait eu depuis le début c'était 32 n?uds, on les a eu il y a 24 heures et là on sait qu'on va encore subir 36 heures de près. Effectivement on a eu beaucoup de stress au départ car tout s'est bouclé au dernier moment, notamment le budget. En plus moi j'ai eu le mal de mer pendant les 48 premières heures. Et puis il y a eu le passage de Cherbourg. On est content parce qu'on l'a bien anticipé, mais l'accident d'Actual nous a rappelé la dure réalité des multicoques.".

Classement à 17 heures :

Multi 50 : 1 Crêpes Whaou ! (FY Escoffier ?? E Le Roux) non localisé 2 Région Aquitaine Port-Médoc (Lalou Roucayrol ?? Amaiur Alfaro) à 4146,8 milles de l'arrivée 3 Guyader pour Urgence Climatique (V Erussard ?? Loïc Féquet) à 103,2 milles du premier

IMOCA 60 1 Safran (M Guillemot ?? C Caudrelier) à 3430,8 milles de l'arrivée 2 Mike Golding Yacht Racing (M Golding ?? J Sanso) à 33,9 milles du premier 3 Groupe Bel (K de Pavant ?? F Gabart) à 42 milles du premier 4 Hugo Boss (A Thomson ?? R Daniel) à 70,8 milles du premier 5 Veolia Environnement (R Jourdain ?? JL Nélias) à 92,6 milles du premier