Bien sûr, pas question de retourner aux vestiaires pour un recadrage tactique et un temps de récupération avant de rentrer dans l'arène. Si les courses de voile n'autorisent pas de vrais temps morts, elles offrent parfois des pauses bienvenues : et celles-ci sont suffisamment peu nombreuses pour tenter d'en profiter à plein. C'est l'heure des petits messages envoyés à la terre pour dire qu'on pense à ses proches, des nuits étoilées où l'on barre en laissant vagabonder son imagination, de la douche d'eau de mer que l'on attendait depuis des jours que l'on macérait dans son ciré? Ces petites attentions personnelles futiles sont souvent déterminantes pour recharger les batteries du corps et de l'âme. D'autant que certains gestes quotidiens deviennent précieux, quand on en a été privé par la force des choses et la volonté des éléments. C'est aussi l'occasion de faire le décompte des petits bobos du bateau et des bonhommes. La mer possède cet art étrange de transformer parfois un fringant jeune homme plein de santé, en une sorte de vieux beau perclus de courbatures, qui voudrait encore faire bonne figure.

Tout vient à point pour qui sait attendre Pour profiter de ces moments, il convient aussi de ne pas tirer de plans excessifs sur la comète? trop de prospective peut parfois nuire à la récupération. Des premiers à la queue de peloton, on envisage l'atterrage sur l'arc antillais avec une certaine distance. Interrogés à la vacation, tous les navigateurs reconnaissaient ne pas savoir avec certitude quelle passe leur servirait à quitter l'Atlantique pour la mer des Caraïbes. Ou feignaient de ne pas le savoir? Car, même à la mi-temps, l'intox psychologique reste une arme. Côté classement, c'est le statu quo? Entre Safran (Marc Guillemot ?? Charles Caudrelier Bénac) et Groupe Bel (Kito de Pavant ?? François Gabart), l'élastique ne cesse de se tendre et se détendre. Mike Golding et Javier Sanso (Mike Golding Yacht Racing) bataillent pour préserver leur troisième place et gardent encore à distance prudente Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou (Foncia). Ces deux derniers n'ont toutefois pas baissé la garde et profitent d'un bateau en parfait état pour continuer de grignoter des milles, sur une route un peu plus sud que leurs adversaires. Mais comme le reconnaissait lui-même le double vainqueur du Vendée Globe, ce tandem de furieux devra compter sur un faux pas de ses prédécesseurs pour se hisser sur le podium et plus si affinités. Même son de cloche chez Vincent Riou et Arnaud Boissières (Akena Vérandas) comme Sam Davies et Sidney Gavignet (Artemis) qui se fixent, pour l'heure, des objectifs intermédiaires avant d'envisager de plus hautes ambitions. Chez les Multi50, Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux se sont donnés un nouveau challenge, faute de concurrence au sein de leur classe. Parvenir à Puerto Limon devant le premier des IMOCA aurait un certain panache, compte tenu des conditions rencontrées sur la première partie du parcours? Mais il leur faudra contourner l'île de la Barbade pour parvenir à leurs fins. Pour peu que les restes d'alizés s'orientent avec une légère composante sud, les deux navigateurs devront négocier toute une série d'empannages. Plus que la distance supplémentaire à parcourir, c'est bien le positionnement stratégique contraint de Crêpes Whaou ! qui devrait décider de la réussite ou non de leur pari. A l'arrière de la flotte Hervé Cléris et Christophe Dietsch (Prince de Bretagne) ont choisi : ils s'arrêteront à Puerto Calero, sur l'île de Lanzarote pour réparer. Pour eux, pas question de renoncer : le Costa Rica était leur objectif, il n'a pas changé? Leaders sous la pression de leurs poursuivants, concurrents attardés à la recherche du temps perdu, la qualité des relations entre les navigateurs est le meilleur antidote aux accès de morosité potentiels : une dose de gestes d'attention à l'autre, un zeste d'humour décapant, une manière de ne pas rechigner à la tâche et haut les c?urs ! Les voilà prêts à bouffer le monde par les étraves?

Ils ont dit :

Michel Desjoyeaux - Foncia ?? 4ème au classement de 17h IMOCA « Il y a toujours des paquets de mer sur le pont ; même sans ciré, on est trempé. On ne reste pas trop sur le pont car on n'a pas beaucoup de man?uvres à effectuer. Jérémie a eu une belle nuit étoilée, mais pour moi ce n'était pas la même ! Je n'ai pas dû aller dans la bonne agence? J'ai eu de la pluie, pas de vent et pas d'étoiles. Je n'ai pas eu le même service : je vais aller me plaindre ! Mais bon, la roue tourne, j'aurai plus de chance la prochaine fois. Pour la répartition des tâches, c'est du 50/50. Je m'occupe peut-être un peu plus de la météo et j'en fais une lecture, mais là, c'est Jérémie qui vient de vérifier les fichiers...d'ailleurs je vais commencer à m'inquiéter : il ne m'a toujours rien dit (rires). On essaye surtout d'aller le plus vite possible. »

Franck Yves Escoffier - Crêpes Whaou ! ?? 1er au classement de 17h Multi50 « C'est vrai qu'on a mis un petit coup d'accélérateur. Durant les cinq premières journées dans les dépressions de l'Atlantique Nord c'était difficile d'aller vite. Maintenant la météo est avec nous. On n'a toujours pas de casse à part un problème d'iridium et notre histoire de moteur : pour l'instant, tout va bien sur le bateau. On a toujours pris soin du matériel. En effet, quand on assiste au démarrage d'un projet et à la construction d'un bateau de A à Z, cela donne envie de bien s'en occuper? On a un seul objectif : arriver le plus vite possible soit devant soit juste derrière les monocoques. On est à 20, 21, 22, 23, 24 n?uds parfois. Au portant le bateau fait la musique que je préfère?une musique de qualité ! »

François Gabart ?? Groupe Bel ?? 2ème au classement de 17h IMOCA « ?a se passe bien, grand soleil, avec un vent un peu plus faible, donc on est un peu moins rapide. Ca nous permet de nous reposer un peu. C'est dommage, on a perdu pas mal de terrain sur Safran. Mais je me régale, on vit des moments extraordinaires, je suis comme un poisson dans l'eau. Je préfère être ici qu'en France en hiver. Kito se repose, moi j'étais à la barre, mais j'ai mis le pilote pour vous répondre ; il faut être vigilant, le vent n'arrête pas de bouger ».

Classement à 17 heures : Multi 50 : 1 Crêpes Whaou ! (FY Escoffier ?? E Le Roux) à 2081,9 milles de l'arrivée 2 Guyader pour Urgence Climatique (V Erussard ?? L Féquet) à 1009,2 milles du premier 3 Région Aquitaine Port-Médoc (L Roucayrol ?? A Alfaro) à 1094,4 milles du premier

IMOCA 60 1 Safran (M Guillemot ?? C Caudrelier) à 1804,9 milles de l'arrivée 2 Groupe Bel (K de Pavant ?? F Gabart) à 52,5 milles du premier 3 Mike Golding Yacht Racing (M Golding ?? J Sanso) à 125,9 milles du premier 4 Foncia (M Desjoyeaux ?? J Beyou) à 396,9 milles du premier 5 Veolia Environnement (R Jourdain ?? JL Nélias) à 503 milles du premier