Monocoque Safran au départ de la transat Jacques Vabre © Patrick Deroualle

Depuis plus de huit jours, l'équipage de Safran tient la dragée haute à ses poursuivants et plus particulièrement à Groupe Bel lancé à ses trousses. Telles les premières lignes d'une équipe de rugby, ils ont pris la mesure de leurs adversaires, imposé le défi physique sans se laisser déstabiliser par les tentatives d'intimidation coutumières du fait. Ils se sont efforcés avant tout de tracer leur route, sans se soucier des man?uvres de diversion ni des épreuves qu'imposait la météo. Même si la position du chasseur est parfois plus confortable, elle finit aussi par user les nerfs quand on voit sa proie s'échapper à chaque fois qu'elle semble à portée. Même la légendaire ténacité des guerriers maoris ne peut pas grand-chose contre certaines formes de détermination. Marc Guillemot et Charles Caudrelier avaient déjà terminé deuxièmes de la dernière édition de la Transat Jacques Vabre après avoir longtemps espéré l'emporter. Cette désillusion, même relative, aurait pu porter un coup à leur entente, mais les deux ont décidé de rester fidèles à leur pacte et visiblement, bien leur en a pris.

Sur la corde raide Derrière, on essaye de pousser les feux. Kito de Pavant avouait même dans un mail avoir étalé un gros vrac suite à un départ au lof sous spi. A la fin du quart de François Gabart. Ce qui tend bien à prouver que pour aller chercher cette première place, il faut naviguer sur le fil du rasoir. C'est aussi ce que fait l'équipage de Crêpes Whaou ! qui voudrait bien, ne serait-ce que pour le panache, finir devant les premiers monocoques IMOCA. Mais, la fatigue aidant, il importe de conserver la lucidité nécessaire pour ne pas aller au delà des limites du déraisonnable? Tous les concurrents joints à la vacation témoignent d'ailleurs de cet engagement de tous les instants, des heures de veille volées à la fatigue, d'un déficit de sommeil? Même dans le deuxième peloton, on se surprend à se battre pour une place, d'Akena Vérandas (Arnaud Boissières ?? Vincent Riou) qui espère encore pouvoir venir chatouiller le tableau arrière de ses prédécesseurs à Foncia qui fort d'une quatrième place assurée, irait bien s'inviter sur le podium à la faveur d'un retour dont le double vainqueur du Vendée Globe a le secret. En longeant la côte sud de la Martinique qui l'avait vu triompher de la deuxième étape de la Mini-Transat en 1991, Michel devrait sûrement ressentir le goût si particulier que provoque l'appétit de victoire. Les deux navigateurs de Foncia, qui ont reçu un petit mot d'encouragement de Fabrice Santoro, ont là un soutien fortement symbolique, quand on connaît la faculté qu'avait le tennisman à redresser des situations désespérées. La course au large, n'est pas le tennis ni le rugby, mais quelque soit la discipline, il est bon de se souvenir que la première vertu d'un compétiteur c'est cette capacité à ne jamais perdre pied. Il sera toujours temps de célébrer plus tard le « Haka » sur les quais de Puerto Limon.

Ils ont dit :

Michel Desjoyeaux - Foncia ?? 4ème au classement de 17h IMOCA « ?a va chaudement à bord de Foncia. On a du vent soutenu, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Cette nuit, par contre, c'était un peu mou, donc on a fait quelques zigzags pour choisir notre point de passage et ce sera le sud de la Martinique. Par contre, pour le ti-punch, il faudra attendre un peu ! A propos du message de Santoro, C'est sympa, Je ne connais pas Fabrice mais on s'est croisé lors d'une émission de radio. C'est vrai qu'il y a plein de similitudes entre ce que l'on fait là et d'autres sports, similitudes d'engagement de motivation? Et les échanges sont toujours sympas. »

Arnaud Boissières ?? Akena Vérandas ?? 9ème au classement de 17h IMOCA « ?a se passe super? On va vite, on a du vent au portant sous spi, ca glisse a toute vitesse? A ce rythme là, on va y arriver vite au Costa Rica ! Non je plaisante, on sait que les conditions de vent vont beaucoup évoluer jusqu'à la fin et il faudra sans doute faire quelques zigzags jusqu'à l'arrivée? Tant mieux d'ailleurs, car cela créera peut-être quelques ouvertures pour aller chercher Safran, mais bon, on ne va pas non plus tenter le diable ! »

Erwan Le Roux ?? Crêpes Whaou ! ?? 1er au classement de 17h Multi 50 « Il y a peu de différence de vitesse avec les monocoques, du coup on a du mal à revenir. D'autant que l'on est obligé de tirer des bords de vent arrière pour aller jusqu'à l'arrivée. En passant le long des cotes, on cherchait un peu plus de pression et on l'a trouvé, on a maintenant entre 20 et 25 n?uds. Concernant la vie à bord, tout va bien? On ne va pas se plaindre non plus? »