ls l'ont fait : renouant ainsi avec la tradition mythique de ces transatlantiques où l'on voyait sortir de la brume un Eric Tabarly triomphant ou poindre à l'horizon de Pointe à Pitre deux voiliers venus de directions opposées pour le final le plus haletant de la course au large. 98 secondes avaient alors séparés Mike Birch et son trimaran jaune de Michel Malinowski sur son monocoque. Les deux leaders de cette Transat Jacques Vabre ont donc décidé simultanément d'activer le mode furtif pour les dernières heures de cette course. Nul ne sait donc, hormis les coureurs eux-mêmes, ce que vont être les dernières heures de course qui, faute de position, ressemblera plus à une course contre la montre de chaque équipage qu'à un travail de marquage et démarquage tactique? Pour autant, Marc Guillemot et Charles Caudrelier partent avec un avantage certain sur Kito de Pavant et François Gabart puisque, au dernier pointage, le premier disposait d'un avantage d'environ 90 milles sur le second à près de 200 milles de l'arrivée. Autant dire qu'il faudrait un véritable coup de Trafalgar pour inverser une tendance solidement établie depuis plusieurs jours.

Même son de cloche, chez Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux (Crêpes Whaou !) qui ne devraient qu'à eux-mêmes de ne pas décocher la timbale. Leur avance est suffisamment confortable pour se permettre de rejoindre la ligne à un train de sénateurs quand leurs deux poursuivants Guyader pour Urgence Climatique (Victorien Erussard ?? Loïc Féquet) et Région Aquitaine Port-Médoc (La lou Roucayrol ?? Amaiur Alfaro) en sont encore à négocier leur atterrage sur la Barbade.

Les copains d'abord Derrière, Mike Golding et Javier Sanso (Mike Golding Yacht Racing), malgré des soucis récurrents d'électronique et de pilote font plus que de la résistance aux attaques de Michel Desjoyeaux et Jérémie Beyou (Foncia). Mais pour ceux-là, il reste encore suffisamment de milles à parcourir pour ne pas déclarer ex abrupto que le podium est définitivement joué. Pour la cinquième place en revanche, entre W Hotels (Alex Pella ?? Pepe Ribes), Veolia Environnement (Roland Jourdain ?? Jean-Luc Nélias) et Aviva (Dee Caffari ?? Brian Thompson), c'est toujours la bouteille à l'encre. Ces trois-là ont traversé la grande mare des canards de conserve, mais il faudra bien que l'un d'entre eux décide de rompre le cercle pour empocher le match à trois, engagé depuis plusieurs jours. A moins qu'en solitaire sur la route du nord, Yves Parlier et Pachi Ribero (1876) ne bénéficient de conditions qui leur permettent de coiffer tout ce petit monde sur le poteau. Pour l'heure, le navigateur aquitain et son coéquipier espagnol ne se nourrissaient guère d'illusions sur leurs chances? Mais l'essentiel n'est-il pas d'arriver à bon port : « fluctuat nec mergitur » dit la devise de la chanson. Elle a, en tous les cas, permis à bien des projets d'aller jusqu'à leur terme, malgré les éléments contraires... Plus à l'arrière encore, Arnaud Boissières et Vincent Riou (Akena Vérandas) tentent par tous les moyens de raccrocher ce petit train de l'amitié, quand Sam Davies et Sydney Gavignet (Artemis) essaient d'optimiser le rendement de la « grosse dame » comme ils appellent familièrement leur coursier pour le moins atypique. En attendant, les voici contraints de se rationner en gazole pour tenir jusqu'à l'arrivée. L'huile de coude en guise de compensation des énergies fossiles ? Heure estimée d'arrivée des premiers le mardi 24 novembre 2009 à 00h00 heure locale, 7h00 heure française

Ils ont dit :

Marc Guillemot ?? Safran - furtif classement de 17h IMOCA « Tout va bien à bord de Safran. Nous avons choisi de prendre le mode furtif. On avait hésité à le faire en passant l'arc antillais, puis on y a pensé hier aussi. Mais finalement on ne l'a fait qu'aujourd'hui. Je comprends que ça puisse en frustrer certains, mais ça donne aussi un peu de piment. Vu que c'est une carte qu'on avait en main, ça aurait été bête de ne pas l'utiliser. On avait un écart de 90 milles avec Groupe Bel avant de passer en mode furtif, c'est relativement confortable quand on est à 250 milles de l'arrivée? Je ne pense pas qu'il y ait de grands coups à faire maintenant, donc ce n'est pas le moment le plus opportun, c'est certain, mais on trouvait ça amusant. Je ne pense pas qu'il faille s'attendre à de grandes surprises, à moins que Kito et François ne prévoient un coup derrière les fagots, je ne sais pas. »

Yves Parlier ?? 1876 ?? 6ème au classement de 17h IMOCA « ?a y est, on a touché les alizés. Nous avons maintenant une allure à peu près décente. On vient de traverser des calmes assez abominables pendant 24 heures? On commence à avoir de la chaleur et il y a beaucoup de luminosité car il n'y a pas un nuage. Hier il faisait 35 degrés dans le bateau et là il fait 32°, il n'y a qu'à l'ombre qu'on est vraiment bien. Mais nous avons de l'eau, nous n'avons pas de soucis pour nous hydrater. En revanche, au niveau des connexions et des répétiteurs les pilotes sont out. Du coup, là, je suis à la fois à la table à carte et à la fois entrain de barrer avec le seul pilote qui fonctionne encore. Je suis couché au fond du bateau, la tête vers le haut, et je me redresse dès que je veux faire accélérer le pilote, mais au moins je suis à l'ombre ! »

Erwan Le Roux ?? Crêpes Whaou ! ?? 1er au classement de 17h Multi 50 « Oui, j'espère encore arriver avant les Imoca ! Même si les chances s'amenuisent d'heures en heures car nous, en multicoque, on est plus rapide sur les bords en ligne directe, mais la nuit par contre, on est obligé de lever le pied. Mais nous sommes toujours confiants. C'est toujours un objectif, c'est certain. Quoi qu'il arrive, nous et les deux premiers Imoca, nous n'arriverons pas longtemps les uns après les autres. On pense arriver dans la nuit à Limon (heure costaricienne). Mais ma souris m'a dit qu'il y allait avoir une zone sans vent en arrivant vers chez vous, donc rien n'est sûr. »