Entre Jean-François MILLET (1814-1875) et Vincent VAN GOGH (1853-1890) a existé un lien spirituel, religieux et thématique fort et déterminant. En effet, encouragé dans sa vocation d??artiste par la découverte de l??oeuvre et de la vie de MILLET, VAN GOGH en a témoigné toute son existence dans sa correspondance avec son frère Théo.

Dès 1880, il copie au crayon des photographies et gravures d??après MILLET pour s??initier au «genre paysan». Il connaissait l??oeuvre depuis la date de la mort de MILLET (1875) et les deux ventes qui s??en suivirent. En 1882, lisant La vie et l??oeuvre de JF Millet d??Alfred Sensier, il écrit à son frère Théo : MILLET, c??est MILLET le père ? Son art prouve l??existence de quelque chose là-haut.

Sensible à l??influence spirituelle du peintre paysan, VAN GOGH réalisera tout au long de sa brève carrière artistique de nombreuses copies et libres interprétations de l??univers pictural de MILLET, témoignant ainsi de ses aspirations panthéistes et lyriques.

Mais entre MILLET et VAN GOGH naît la jeune génération de peintres qui bouleverseront l??Histoire de l??art.

BOUDIN, JONGKIND, WHISTLER, BAZILLE, PISSARRO, C?ZANNE, RENOIR, SISLEY, MONET ... Malheureux jeunes gens grossiers et vulgaires (RAFFA?LI), tous ceux qui succombent au vice de cette «satanée» couleur (GLEYRE, leur professeur) se rendent d??abord au Havre puis à Chailly et Barbizon.

Les uns rencontrent MILLET au Havre (BOUDIN et MONET), d??autres à Barbizon. Tous s??intéressent au paysage, à la lumière changeante, à la «fusion» de l??homme et de la nature, dès les années 1850 - 1860. Ils ont une préférence nostalgique pour la campagne traditionnelle que la modernité industrielle n??a pas atteinte.

MILLET voulait que l??idéal fasse bon ménage avec les sabots. Il était à la recherche de la silhouette essentielle en procédant par abréviation.

La simplification formelle, la fausse naïveté, l??association entre la primitivité et le monde rural traditionnel vont attirer l??avant-garde pour de nouvelles aventures : ce sera la naissance et le développement de ce que Louis LEROY nommera l??Impressionnisme (le Charivari, 25 avril 1874).

Pour ma part, ce n??est pas la légende des «peintres martyrs» adulés et glorifiés après leur mort qui m??attire, mais un aspect de leur travail qui contribue au développement de ma recherche picturale aux multiples facettes.

Bernard CLARISSE - Juillet 2009

Site : www.bernard-clarisse.fr