« Ces Boulingrin que j??ai rencontrés l??autre jour à la table des Duclou et qui m??ont invité à venir de temps à temps prendre une tasse de thé chez eux, me paraissent de charmantes gens et je crois que je goûterai en leur compagnie infiniment de satisfaction?Des Rillettes, mon petit lapin, tu me parais avoir trouvé tes Invalides, et tu seras ici ni plus ni moins que dans un bain de sirop de sucre. Je te fais bien mes compliments? »

Il n'est pas de genre inférieur ; il n'est que des productions ratées, et le bouffon qui divertit prime le tragique qui n'émeut pas. Exiger simplement et strictement des choses les qualités qu'elles ont la prétention d'avoir : tout le sens critique tient là-dedans.

Au fond, avec nos airs de nous ficher de tout, nous faisons un métier très dur, car il n'en est pas qui exige un plus jaloux, un plus constant souci de la dignité des Lettres. Cette belle fille, la Gaieté, a des exigences de grande dame qu'on ne sert pas avec des pattes sales et qui s'accommode assez mal d'être logée dans un intérieur mal tenu.

Georges Courteline

Courteline, un boulevard satirique, précurseur de l??absurde.

Je dois prévenir les personnes altérées d??émotions violentes et de coups de théâtre sensationnels qu??elles chercheraient en vain à étancher leur soif au cours des volumes que voici, lesquels mettent surtout en lumière l??extraordinaire manque de toute imagination dont les fées bienfaisantes me pourvurent à mon berceau. Il faut voir en ces pages? - comment dirais-je, au juste ? - ? une sorte de suite d??orchestre écrite pour musique légère, un prétexte à faire évoluer conformément à la logique de leur petite psychologie et autour de petites historiettes ayant de tout petits commencements, de tout petits milieux et de toutes petites fins, de tout petits personnages reflétant de leur mieux la philosophie où je m??efforce de prendre gaiement les choses, car je pense avec Daudet que la mort des êtres aimés est la seule chose de la vie qui vaille la peine qu??on en pleure.

Au 19ème siècle, à l??époque de Courteline, la comédie ou le théâtre de boulevard sous toutes ses formes (elles sont variées) devient un genre très prisé par le public bourgeois (en pleine expansion) mais aussi populaire qui fréquente les théâtre. Ces derniers sont nombreux à ce moment déjà, car il ne faut pas l??oublier, tous les médias d??aujourd??hui ne mettent pas en concurrence cet art vivant, apprécié et couru. Aux côtés des comédies littéraires et historiques inaugurées par le 18ème siècle et son goût pour le drame romantique, la comédie vaudeville connaît donc un succès éclatant mêlant intrigues, dialogues pétillants avec des couplets chantés, repris alors en ch?ur comme des tubes. Dans ces pièces légères et plaisantes, les intrigues sont pleines de péripéties, de quiproquos, de rebondissements, de situations absurdes cocasses ou insensées? Cependant, dès Eugène Labiche, un souci littéraire s??affirme, et fait apparaître des intrigues très construites qui se structurent en plusieurs actes et donnent ainsi vie à des moments de théâtre de qualité (1851, Un chapeau de paille d??Italie, 1864, La Cagnotte, deux pièces majeures de ce fameux auteur, futur académicien). Les thèmes de ce répertoire sont l??argent, le mariage d??intérêt, la vanité sociale, l??héritage, la dot, l??éducation des enfants, l??avarice.

Après 1860, les couplets chantés disparaissent du vaudeville et sont réservé à l??opérette, dont on connaît les succès grandioses avec Halévy et Offenbach qui portent le vaudeville à son apogée. Avec Feydeau, on se concentre plus précisément sur des problèmes de couple avec, en particulier, le thème de l??adultère, des tromperies. Un théâtre de m?urs est né avec Labiche, il se perfectionne et se complexifie avec Feydeau. Un Fil à la patte 1894, La Dame de chez Maxim, 1899, La Puce à l??oreille, 1902. En ce qui concerne Courteline, c??est encore une autre voie qui nous est proposée, satirique, mélancolique et insensée. Lui qui admirait tant Molière et qui rêvait d??en être le modeste successeur (la Comédie Française lui a commandé une suite du Misanthrope en 1901), en a certainement hérité l??observation et le sens du burlesque même s??il n??a pas le génie imaginatif et la profondeur du maître du Grand Siècle.

On a appelé la tendance représentée par Courteline le vaudeville minimaliste, certainement due à la brièveté de ses pièces, souvent un acte, parfois deux. Il est vrai que chez lui, contrairement à Feydeau et Labiche, l??intrigue importe peu et ce qu??il propose est surtout un face-à-face direct et proche qui donne l'impression d'un gros plans, « Un acte, un seul acte, voilà ma mesure au théâtre ». On assiste en fait à une sorte de duel cocasse, parfois violent, et même macabre, où les ridicules sont révélés sans démagogie et sans fard. Il déclarait ainsi : « Le vaudeville a sa raison d??être, il a sa place entre la bouffonnerie et la comédie de m?urs, permettant à la fois l??extravagance de l??une et l??humanité de l??autre. ». La pièce Les Boulingrins s??inscrit clairement dans ce registre à la fois par l??extravagance bouffonne de ses dialogues et par le comique de situation dont est malheureusement victime Des Rillettes, le héros pique-assiette de cette fable. On est d??office dans la tradition de la farce, même si les personnages appartiennent à un milieu bourgeois. On glisse alors vers un comique gestuel et grotesque, suivant la logique de la farce classique, allant jusqu??à ses conséquences ultimes et invraisemblables : tentative de meurtre, incendie, destruction de l??appartement. Tout explose dans une cacophonie non orchestrée. Le vaudeville alors devient grand guignol. D??ailleurs, ses autres pièces, M. Badin, Hortense couche-toi ! seront souvent montées au Théâtre du Grand Guignol, ce dernier affectionnant particulièrement cette dimension macabre. Courteline par ailleurs dénonce selon lui la bêtise et l??absurdité de la vie des fonctionnaires, leur médiocre despotisme et le règlement absurde dont ils sont d??abord les zélés esclaves avant d??en être les tortionnaires incontrôlables et incontrôlés. Courteline fait souvent s??affronter le citoyen victime de la tyrannie des lois et des magistrats qui la servent, démontrant, ainsi, qu??il est, selon son propre aphorisme, difficile d??innocenter quelqu??un qui n??a rien fait. Au c?ur de sa contemplation Courteline avait au-delà de son humour une vision pessimiste de la nature humaine, gagnée facilement selon lui par la vanité, la lâcheté et la bêtise. Ses croquis cruels, sans appel de personnages lâches, ridicules et méchants, ont été appelés par certains critiques des comédies rosses. Mais, in fine, c??est peut-être cet esprit caustique, non angélique et non démagogique qui a donné à Courteline ses lettres de noblesse et surtout un certain esprit de modernité. Que ce soit sa critique de la bureaucratie, des lois et de leur absurdité, (L??Article 330, Badin, la lettre chargée?) que ce soit la folie et la névrose de personnages jusqu??au-boutistes (Boulingrin) Courteline transgresse la réalité pour raconter une sorte de cauchemar lucide et prophétique et dialogue d??ores et déjà avec ses successeurs en absurdie, Ionesco , Jarry , Beckett (plus métaphysique), Adamov?

Pour notre part, ce qui nous a interpellés chez ce maître du rire, c??est sa note lunaire de poète de Montmartre qui préfère plaisanter avec les choses sérieuses pour ne pas pleurer. C??est ce mélancolique lucide et moqueur qui préfère amuser pour ne pas perdre son temps à faire pleurer surtout quand « les choses bêtes et tristes n??en valent pas la peine ». En cela son rêve d??enfant qui voulait imiter le maître Molière est presque atteint car il y a une filiation par le tempérament mélancolique, par le talent, (une force d??observation et d'invention comique) même si Molière s??ingénie avec encore plus de liberté et de hardiesse, donnant à la comédie une dimension tragique et dont les personnages devenant archétypes s??élèvent à l??universel.

 CV des interprètes

Cédric Altadill Après avoir étudié le saxophone auprès de Claude Bernard et de Marc Richard, le Jazz auprès de Didier Levallet à l'Ecole Nationale de Musique et Danse de Montreuil, Cédric Altadill rejoint en 1997 le Théâtre en Partance où il prend part aux créations de la compagnie en tant que musicien de scène et comédien. Il a joué et participé aux créations musicales des spectacles suivants : Quand rentrerai-je chez moi ? de Fernando Pessoa, Le Scribe de la Source d??après Georges Haldas, Salut au Monde ! d??après Walt Whitman et Anti-Babel Jazz d??après des textes de Bernanos, Desjardins, Pessoa, Valéry et Whitman. En tant que comédien, il a joué dans La Vagabonde d??après Colette (rôle de Pierrot), L??Amour médecin de Molière (Rôle de Bahys), La Jérusalem délivrée d??après Le Tasse (rôle de Renaud), Lucrèce Borgia de Victor Hugo (rôle d' Ascanio), Fantasio d??Alfred de Musset. (rôle de Facio), Une Orestie d??après Eschyle et Yannis Ritsos. (rôle de Pylade) et aussi dans Sicilia !, d??après Luigi Pirandello. Dziady-Les Aïeux d??après des textes de Bernanos, Mickiewicz et Milosz et Le Café des Passions et des Heures de Georges Haldas et Samir Siad.

Magalie Calmel Parallèlement à la rédaction de sa maîtrise d??études théâtrales (1994 ?? Paris III ?? Sorbonne-Nouvelle), Magalie Calmel s??associe à divers projets théâtraux. En 1995, elle rencontre Valérie Aubert et Samir Siad et s??engage à leurs côtés au sein du Théâtre en Partance. De par sa formation en danse classique, son travail d??interprète dramatique au sein de la compagnie est étroitement lié à sa pratique chorégraphique (rôles de Lucinde dans l??Amour médecin, Jadin dans La Vagabonde d??après Colette, «Elle» dans Barbe bleue de Valérie Aubert...). Elle participe également aux créations du Théâtre en Partance autour d???uvres poétiques (Pessoa, Bernanos, Prévert, Haldas?). En 2008, corrélativement à la création de Une Orestie par le Théâtre en Partance, elle adapte et porte à la scène l??Odyssée d??Homère.

Fabrice Hervé Après des études universitaires, Fabrice Hervé rencontre Valérie Aubert et Samir Siad et intègre la compagnie du Théâtre en Partance. Depuis 1995, il participe à la création de plusieurs spectacles : Lisbon revisited d??après Fernando Pessoa, Pionniers à Ingolstadt de MarieLuise Fleisser, Dom Juan de Molière, où il interprète Sganarelle, La Vagabonde d??après Colette (rôle de Brague), Sicilia !, d??après Luigi Pirandello et notamment La Fleur à la bouche, où il joue l??homme paisible, La Jérusalem délivrée d??après Le Tasse, Lucrèce Borgia de Victor Hugo (rôle de Facio), Fantasio d??Alfred de Musset (rôle de Spark), Le Café des Passions et des Heures de Georges Haldas et Samir Siad, Le Médecin malgré lui de Molière (rôles de Lucas et Léandre)?

Sébastien Célérier Après une formation de régisseur lumière au CFPTS de Bagnolet, Sébastien Célérier, travaille comme intermittent dans des théâtres parisiens et de banlieues. Désireux de développer sa pratique au service d??une aventure artistique, il rejoint en 1995 le Théâtre en Partance. Dès lors il assure la régie générale des spectacles de la compagnie : Lisbon revisited d??après Fernando Pessoa, Le Secret de l??espérance et Compagnons Inconnus d??après Georges Bernanos, L??école buissonnière d??après Jacques Prévert, Le Café des Passions et des Heures d??après Georges Haldas, une Orestie d??après Eschyle et Y.Ritsos, Pionniers à Ingolstadt de Marie Luise Fleisser, Dom Juan, L??Amour Médecin, Le Médecin Malgré lui de Molière, Fantasio d??Alfred de Musset.

Pascal Reverte Après plusieurs expériences (menées notamment avec Jean-Louis Wilhelm et Bernard Habermeyer au Théâtre de Beauvais) et un parcours universitaire (Paris 3, Sorbonne Nouvelle), Pascal Reverte rejoint le Théâtre en Partance, à l??occasion du spectacle Lisbon revisited, conçu autour de la figure de Pessoa. Il participe en tant qu??interprète aux créations La Vagabonde d??après Colette, Quand rentrerai-je chez moi ? second spectacle autour de Pessoa, La Jérusalem délivrée d??après Le Tasse, Le Café des Passions et des Heures de Georges Haldas et Samir Siad, Compagnons inconnus d??après Bernanos. L??exploration du répertoire dramatique lui permet, d??aborder le rôle de Fabian dans Pionniers à Ingolstadt de Marie Luise Fleisser, Don Carlos dans Dom Juan de Molière, le prêtre et le philosophe dans Sicilia ! d??après Luigi Pirandello, Clitandre dans L??Amour médecin de Molière, Gubetta dans Lucrèce Borgia de Victor Hugo, le Prince de Mantoue dans Fantasio d??Alfred de Musset, Tchouboukov dans Plaisanteries nuptiales d??après Tchékhov ou encore Egisthe dans Une Orestie d??après Eschyle et Rítsos.

Vincent Reverte Après des études universitaires théâtrales à la Sorbonne-Nouvelle, Vincent Reverte rencontre Valérie Aubert et Samir Siad et rejoint le Théâtre en Partance en 1996. En tant que comédien, il interprète Bernanos (Le Secret de l??espérance, Compagnons inconnus?) Pessoa (Lisbon revisited), ou encore Georges Haldas, à l??occasion de deux créations de la troupe autour de ce poète-écrivain-chroniqueur dont il incarne l??une des facettes en la personne du Scribe : Le café des Passions et des heures et Ithaque. Les pièces de répertoire lui permettent d??aborder Ionesco (La Leçon), Musset (Marinoni dans Fantasio), Pirandello (Squatriglia dans Cecé), Hugo (Gennaro dans Lucrèce Borgia), Molière (Martine et Géronte dans Le Médecin malgré lui)? Depuis 2003, il participe à la création vidéo en réalisant les séquences incluses dans certains spectacles, notamment Le Naufragé de Thomas Bernhard et Compagnons inconnus? de Georges Bernanos

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